|
Les Ecoles de hameau du Finistère Au-delà des lois laïques, l’effort budgétaire (de la 3ème république) est important : la loi du 3 juillet 1880 ouvre un crédit de 17 millions de francs, celles d’août 1881 et mars 1883 ajoutent 240 millions de francs (dotation ou avance) ; cet argent sert à la construction ou à l’appropriation de 20 000 écoles… (P Albertini, l’école de France XIXe et XXe siècle) Je décide de rechercher l’origine de mon école primaire du hameau de le Moustoir Kernével. Grâce au travail de Francis Dufour qui a relevé dans les comptes-rendus du Conseil Municipal de Kernével les délibérations concernant les écoles, je trouve la transcription de la circulaire du préfet du 26/09/1880, annonçant la construction de l’école aux frais de l’état. Le 25/10/1881, un décret met à la disposition du Préfet du Finistère une somme de 272 680 francs pour être affectée à la création de 18 écoles de hameau dans les communes de l’arrondissement de Quimperlé. Le 20/11/1884 L’école est remise à la commune par acte du receveur des domaines de Bannalec agissant en exécution d’un décret du Président de la République du 14/05/1884. L’école du Moustoir s’est ouverte le 4 septembre 1884. Mis en appétit par cette information, je décide de faire des recherches sur les Ecoles du Kermeur et de Saint Eutrope à Plougonven. A la mairie, on ne se souvient d’aucune archive. Pourtant, le lendemain, une secrétaire me rappelle pour m’annoncer que de vieux registres sont entreposés dans un placard au sous-sol de l’ancienne mairie. Banco ! Il y a le registre de 1849 à 1905. Après l’avoir feuilleté patiemment à partir de 1879, je tombe sur la délibération du 30 avril 1882 : Pour les élus municipaux de l’époque, c’est un enthousiasme exceptionnel qui tranche avec le ronron des réunions précédentes. Trois pages relatent une effervescence d’une efficacité incroyable : les terrains sont trouvés en une semaine. Les habitants du Kermeur donnent le terrain pris sur un commun appartenant au village, l’architecte est missionné pour construire 2 écoles de hameau aux frais de l’état. 37 000F sont consacrés à ces réalisations ! 900 000F sont attribués aux arrondissements de Brest, quimper, Châteaulin et Morlaix pour la construction de 50 écoles de hameau. Dans le Finistère 67 écoles de hameau seront construites à partir de 1882 par la 3ème république pour un budget de 1 172 000F. L’Arrondissement de Quimperlé sert de terrain d’essai : L’Arrondissement de Quimperlé a été choisi dès 1880 pour servir de terrain d’essai à la construction d’écoles de hameau sur proposition de Corentin Guyho député de Quimperlé. Le sous-préfet s’adresse ainsi aux communes de l’Arrondissement : « Monsieur Le Maire, ainsi que vous le savez déjà, sur la demande de Mr C Guyho député, Mr Le Ministre de l’Instruction Publique a décidé la création d’écoles de hameau à titre d’essai dans plusieurs communes de l’arrondissement de Quimperlé et notamment dans la vôtre (Moëlan ) dont le nombre d’écoles proposées est de trois, qui doivent être construites aux lieux dits 1° Saint Pierre 2° Brigneau 3° Saint Thamec Toutefois avant d’entreprendre ces constructions, Mr Le Préfet m’informe qu’il y a lieu de prendre l’avis des Conseils municipaux des communes interrogées tant pour les mettre au courant des généreuses intentions de l’administration que pour les déterminer à prêter un concours uniquement de bienveillance aux efforts en vue de rechercher le meilleur mode de diffusion de l’Instruction primaire dans les grandes communes rurales .»Sur quelles bases, le projet se met-il en place ? La Préfecture cible les grandes communes (superficie de 4 000 à 5 000 ha) . Selon l’étendue, il sera proposé 1,2,3 écoles de hameau pour respecter l’engagement de Jules Ferry : « Aucun enfant ne doit se trouver à plus de 3 km d’une école ! » Dans l’arrondissement de Quimperlé 18 sites sont sélectionnés à partir du plan cadastral napoléonien. Les secteurs portent souvent des noms de chapelle, ils serviront de référence. Ainsi les Ecoles publiques et laïques porteront souvent des noms religieux Ecole du Moustoir en Kernével, Eglise Blanche, Saint Cado, Saint Jacques en Bannalec etc. Les communes consultées adhèrent au projet sur la base de construction gratuite des écoles. Plus tard la préfecture mettra des conditions : les communes devront acheter le terrain, assurer le transport des moellons et clôturer l’espace scolaire. Ces conditions entraîneront quelques conflits au moment de la cession gratuite des écoles ( Arrt de Quimperlé : Clohars-Carnoët et Moëlan) mais aussi de prétexte pour refuser l’Ecole Publique, Laïque, Obligatoire. L’adjudication des travaux se fera à la Préfecture de Quimper. Une affiche (ci-dessous) est éditée pour annoncer les écoles concernées et leur prix estimé. Les entrepreneurs devront proposer une réduction en pourcentage. Celui qui proposera la réduction la plus haute globalement se verra attribuer le marché. La proposition doit concerner chaque école. Cette démarche au moins disant, encore utilisée aujourd’hui, entraîne des réalisations au plus bas prix mais il arrive souvent que le temps révèle une fragilité des constructions comme ce fut le cas pour certaines Ecoles de hameau. Dans l’arrondissement, les constructions débuteront en 1883, les écoles s’ouvriront entre le 5 mai et le 6 novembre 1884. Les écoles fonctionnent mais 2 communes refusent de les prendre en charge : Clohars Carnoët CM 25/07/1888: « Considérant que la commune a été de tout temps opposée à la création des écoles de hameau …en prévision des dépenses exagérées qu’elles devaient entraîner.. Le Conseil n’est pas d’avis de prendre les écoles de hameau à son compte.» Moëlan CM 12/02/1889 : « Le conseil déclare à nouveau qu’il est prêt d’accepter les Ecoles de hameau susdites à titre gratuit mais à titre gratuit seulement. » Que s’est-il passé dans les autres arrondissements? Je laisse l’IA et le Préfet du Finistère raconter la suite . Voir
Les difficultés font que les listes se succèdent, des projets disparaissent, d’autres arrivent. Une dernière liste comportant les subventions versées aux communes dont le total correspond à l’enveloppe générale de 900 000F semble mettre un terme à ce travail semé d’embûches.
Les réticences de certaines communes après l’établissement de cette liste, comme à Poullaouën, amèneront des modifications avant la fin du plan. Voici la liste des écoles établies d’après ces documents Voir
Pour compléter cette recherche, chaque école aura sa fiche de données dans le tableau ci-joint accessible par le lien hypertexte, il suffira de cliquer sur son nom pour y accéder. Ces fiches seront rédigées au fur et à mesure de la collecte d’informations. Chaque lecteur peut y participer en me faisant parvenir sa contribution. 13 écoles de hameau existaient avant les lois Jules Ferry, d’autres ont été construites après. Elles feront l’objet d’un ajout car elles ont aussi contribué au développement de l’Instruction Publique au plus près de la population. A Plougonven le 29/01/2018 , JC Poupon |